Dénutrition clinique : dépistage précoce et prise en charge multidisciplinaire
La dénutrition est fréquente chez les patients hospitalisés et aggrave le pronostic de toutes les pathologies. Cet article détaille les outils de dépistage validés, les critères diagnostiques HAS 2021 et les stratégies de renutrition adaptées au contexte clinique.
Épidémiologie et conséquences de la dénutrition
La dénutrition touche 20 à 50 % des patients hospitalisés selon les études, avec une prévalence plus élevée en oncologie, gériatrie et réanimation. Elle est associée à une augmentation de la mortalité, une durée d'hospitalisation prolongée, un taux de complications infectieuses élevé et une altération de la cicatrisation. Le coût médico-économique de la dénutrition en France est estimé à plusieurs milliards d'euros par an.
Les mécanismes physiopathologiques combinent une réduction des apports alimentaires (anorexie, dysphagie, troubles digestifs), une augmentation des besoins métaboliques (hypercatabolisme lors des infections, cancers, chirurgie) et une malabsorption (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, résections digestives). L'état nutritionnel se dégrade progressivement, avec une perte de masse musculaire (sarcopénie) et adipeuse.
Outils de dépistage : NRS-2002 et MNA
Le Nutritional Risk Screening 2002 (NRS-2002) est recommandé pour le dépistage de la dénutrition en milieu hospitalier adulte. Il évalue le statut nutritionnel (perte de poids récente, IMC, réduction des apports) et la sévérité de la pathologie (impact métabolique). Un score >= 3 identifie les patients à risque nécessitant une intervention nutritionnelle.
Le Mini Nutritional Assessment (MNA) est spécifiquement validé pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Sa version courte (MNA-SF) permet un dépistage en 5 minutes. Un score < 12/14 à la MNA-SF déclenche l'évaluation complète. Les patients institutionnalisés et les résidents en EHPAD font l'objet d'une surveillance nutritionnelle mensuelle avec pesée systématique.
Stratégies de renutrition
La voie orale enrichie est toujours préférée en première intention : alimentation fractionnée, compléments nutritionnels oraux (CNO) hyperprotidiques et hypercaloriques (600 à 800 kcal/jour en plus), adaptation des textures en cas de dysphagie. Si les apports oraux restent insuffisants malgré 3 à 5 jours de support oral, la nutrition entérale par sonde naso-gastrique (SNG) ou naso-jéjunale (SNJ) est indiquée.
Le syndrome de renutrition inappropriée (SRI) est une complication grave survenant lors d'une renutrition trop rapide chez un patient sévèrement dénutri. L'hypophosphatémie, l'hypokaliémie et l'hypomagnésémie résultent d'un shift intracellulaire massif des électrolytes liés à la réintroduction des glucides. La prévention repose sur une renutrition progressive (25 kcal/kg/jour J1) et une surveillance électrolytique quotidienne pendant les premiers jours.
À retenir
Le dépistage nutritionnel doit être réalisé à l'admission de tout patient hospitalisé. Un défaut de dépistage expose à une dénutrition non diagnostiquée aux conséquences graves.
Documents joints
Poursuivre la lecture
D'autres articles du même thème pour approfondir vos connaissances.

Alimentation équilibrée : les bases scientifiques pour bien manger
Qu'est-ce qu'une alimentation réellement équilibrée ? Cet article passe en revue les recommandations ANSES 2024, les grandes familles d'aliments, les pièges des régimes restrictifs et les stratégies pratiques pour améliorer ses habitudes alimentaires au quotidien.

Diabète de type 2 : comprendre la maladie et prévenir les complications
Le diabète de type 2 touche plus de 4 millions de personnes en France et est en forte progression. Comprendre ses mécanismes, ses complications et les mesures préventives permet d'agir efficacement sur la glycémie et la qualité de vie.
Regarder plutôt
Ces vidéos abordent les mêmes sujets sous forme de cours commentés.
43:00frenDénutrition clinique : dépistage, évaluation et prise en charge
La dénutrition touche près de 40 % des patients hospitalisés. Cette vidéo présente les outils de dépistage (NRS-2002, MNA), les critères diagnostiques HAS 2021 (perte de poids, IMC, albumine), les modalités de nutrition entérale et parentérale et le suivi diététique en équipe pluridisciplinaire.
36:00frenLes macronutriments : glucides, lipides et protéines expliqués
Cours fondamental sur les trois macronutriments : rôles énergétiques et structuraux des glucides (index glycémique, fibres), des lipides (acides gras saturés, mono et polyinsaturés, oméga-3) et des protéines (acides aminés essentiels, bilan azoté). Recommandations ANSES 2024.
